LEXIQUE  9




JEUX


Awalé (< langue africaine wali ) : jeu d’origine africaine qui se présente sous forme d’une table évidée de douze alvéoles et qui consiste, pour les deux joueurs, à semer des graines alternativement d’un trou à l’autre.

      Il représente soit le cycle des cultures de céréales (on parle de
semer des graines, de remplir des greniers, de nourrir son adversaire, lorsqu’il n’a plus de pions pour jouer sa partie, etc.) ; soit le mouvement apparent décrit par les étoiles dans le ciel au cours de l’année. Très populaire en Côte-d’Ivoire, ce jeu porte des noms différents selon la zone où il a été adapté : mânkala en Egypte et au Cameroun, wari au Mali, chouba en Syrie, jogkak en Indonésie, congklak en Insulinde, adji en Louisiane et aux Antilles, etc. Apparenté, le jeu de palankulli est pratiqué dans le Kerala en Inde. Une autre variante encore est le bao, jeu de semailles pratiqué en Afrique orientale, où les graines capturées ne sont pas retirées du plateau de jeu, mais réutilisées dans son propre camp.


Backgammon (en anglais) ou Toute-table (en français) :  jeu dérivé d’un modèle primitif connu chez les Romains sous le nom de duodecim scripta ou jeu des « Douze lignes ». Il est réapparu au XVe siècle et a été développé au XVIIe siècle sous le nom de tric-trac. Simplifié, il a donné naissance en France au jacquet, en vogue jusque dans les années 1960, mais peu à peu délaissé depuis la fin du XXe siècle, et en Angleterre au backgammon, joué maintenant dans tous les pays. Selon le résultat en fin de partie, celle-ci est dite gammon (partie double) ou backgammon (partie triple).

Bagh-Bandi (Bengale, Sri Lanka) ou Bagh-Chal au Népal : jeu du Tigre et des Chèvres, l’un des modèles des jeux dits de chasse.

Echecs : < étymologie contestée.

  L’origine < arabe shâh = roi → échecs n’est pas recevable du point de vue de l’évolution phonétique ; l’origine serait :

  • soit < ancien français eschac = butin < francique * skak = butin.
  • soit < espagnol xaque < arabe ash-shatrang < persan shatrengh = mandragore

Ce jeu stratégique sur quadrillage, issu vraisemblablement d’un jeu de l’Inde attesté au VIe siècle, appelé en sanscrit Čaturanga = les « Quatre Rois », et transmis par les Persans, puis les Arabes, a été diffusé d’abord vers la Corée et le Japon. En 802, le calife Haroun ar-Rachid aurait fait cadeau à l’empereur Charlemagne, parmi d’autres objets et des animaux, d’un jeu d’échecs. Puis il a été introduit en Europe à partir du Xe siècle par deux voies différentes : l’une vers l’Europe nordique, par l’intermédiaire de la Mongolie, de la Tartarie, de la Russie et de Byzance ; l’autre vers l’Europe méditerranéenne, par l’intermédiaire de la Perse, de l’empire arabe, du Maghreb, de l’Andalousie musulmane et l’Italie du sud.

Le jeu est fondé sur une symbolique cosmique ancienne. L’échiquier serait un mandala carré figurant l’univers avec les quatre directions cardinales. Les figurines, matérialisées sous forme de pions, seraient des homoncules magiques (des hommes en réduction). Quant à la mandragore, c’est une plante qui symbolise par excellence la fécondité et la prospérité. Le jeu figure un combat entre deux armées. De nombreux termes utilisés aux échecs sont des transcriptions de mots arabes anciens : par exemple, 

  - la dame < la vierge < al-firz = vizir ;
  - le fou < al-fil = l’éléphant ;
  - la roque (figure de jeu) < ar-rukh = la tour d’attaque ;
  - l’expression utilisée lorsqu’un adversaire a perdu « échec et mat » < arabe ash-shâh mata = « le roi est mort ».

La forme moderne du jeu d’échecs est mise au point au XIXe siècle seulement.

Etoile chinoise : sorte de jeu, appelé aussi improprement Dames chinoises, parce qu’il rappelle le déplacement des pions au jeu de dames.

Fanorona : < merina (l’une des langues malgaches, prononciation approximative : fanouroun’). Apparenté aux Dames, le tablier de ce jeu de stratégie est issu de la juxtaposition de deux diagrammes de jeux primitifs, l’un dit Fanorona-dimy, à cinq lignes, l’autre dit Fanorona-tsivy, à neuf lignes. Il descend d’un jeu déjà pratiqué chez les anciens Egyptiens. Connu au XIIIe siècle dans les milieux maures sous le nom d’El Qirkat ou, en espagnol, Alquerque, il est transmis sans doute par des marchands arabes dans les comptoirs de l’Afrique orientale et remis à l’ordre du jour à Madagascar à partir du XVe siècle. Il est devenu populaire dans toutes les couches de la société malgache, y compris jusqu’à la cour royale : la dernière reine malgache, Ranavalona III (1861-1917), y jouait avec passion et l’utilisait en 1895 pour mettre au point une tactique militaire contre les colonisateurs français… hélas ! sans succès, puisqu’elle est déchue et exilée en 1897. L’une des particularités de ce jeu est de donner sa chance au joueur apparemment vaincu pour qu’il puisse « rattraper » sa chance.

 : < japonais igo < chinois wéiqí (prononciation approximative weï-tch’i). Jeu de stragégie, pratiqué avec des pions sur un quadrillage, né probablement en Chine, attesté à partir de l’époque où vivait Confucius (K'ung-fu-tzu), vers le VIe siècle avant l’ère chrétienne, vulgarisé en Europe à partir de la fin du XIXe siècle.

Kukuli jeu des pays andins de l’altiplano, peut-être apporté par les conquérants espagnols en Amérique, opposant ukuku et kukuli. A l’origine, il s’agit d’un jeu de chasse symbolique, consistant en une lutte entre ukuku, un homme déguisé en ours, et kukuli, des jeunes filles. Dans les versions du jeu transposées au XXe siècle, il s’agit d’un voleur de bétail (ukuku) et de lamas (dix ou douze kukuli).

Mah-jong : < chinois mandarin májiàng (prononciation approximative ma-tsiang) ou dialecte shangaïen ma-ch’iao. Jeu de stratégie d’origine chinoise, descendant d’un jeu apparu vers le XVe siècle, développé sous la forme moderne au XIXe siècle. Jeu de combinaisons, il comprend un certain nombre de jetons (normalement 144), appelés tuiles avec lesquelles il faut réunir des séquences semblables. Il serait l’ancêtre des  Dominos.

Mânkala : en Egypte et au Cameroun , appellation d’un jeu de planche connu, le plus souvent, sous le nom générique de awalé.

Surakarta : < Surakarta, ville de Java. Jeu de stratégie d’origine javanaise, en vogue en Indonésie, qui comporte un tablier de jeu avec un quadrillage muni de boucles aux quatre coins, ce qui permet d’opérer des mouvements tournants spectaculaires.

Tangram : nom composite formé du chinois tang = « chinois », en dialecte cantonais, et de –gram[me] = racine grecque évoquant le concept de graphisme. En chinois, le jeu s’appelle qī qiǎo bǎn (prononcer approximativement Tchi'i Tchi'iao pan), ce qui signifie les « Sept planches de la ruse ». Il comporte sept pièces de forme géométrique simple, découpées à partir d’un carré, qui peuvent constituer toutes sortes de figures géométriques composées.


Tri-dominos
 : Le mot aurait désigné primitivement le camail noir à capuchon, porté par les chanoines en hiver, par-dessus leur soutane blanche. Par analogie, il aurait désigné ensuite les pièces du jeu, à base noire avec une surface blanche, divisée en deux compartiments marqués de points. Le jeu de dominos, qui dériverait peut-être du jeu chinois du * Mah-jong et qui aurait été importé en Europe au XVIIIe siècle, est particulièrement à l’honneur dans les pays bordant la Méditerranée orientale. Les Tri-dominos, variante des dominos classiques, sont des triangles, marqués d’un nombre de points différent à chaque angle, qu’il faut mettre en correspondance. Une règle mathématique est à la base de la distribution des points dans les différentes pièces. Il s’agit de former des figures telles que l’hexagone et le pont.

Yoté : jeu de stratégie descendant du tioki des Peuls, populaire dans tout le Sahel, constitué d’un quadrillage. Son nom signifie « prise [de pions] », car son originalité consiste à prévoir, en cas de prise d’un pion de l’adversaire, la possibilité de prendre un pion supplémentaire, n’importe où, en guise de bu’na = « pourboire ».



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